Le devoir du purisme
- lucienicolas77500
- 11 déc. 2025
- 2 min de lecture
Par Corine NICOLAS*
Dans le médico-social, le purisme n’est pas un choix. Il est une nécessité, presque une ascèse. Non pas l’obsession de la perfection, mais la fidélité à une vérité qui ne tolère ni demi-mesure ni oubli : la dignité humaine.
Être directeur, ce n’est pas seulement gérer des comptes ou organiser des plannings. C’est se tenir dans un lieu fragile où la mission dépasse l’individu, où la responsabilité engage une idée de société : celle qui affirme que les plus vulnérables ont droit à la même exigence que les plus forts. Diriger ici, c’est porter une promesse : celle de ne pas réduire la vie à ce qu’elle coûte, mais de la défendre pour ce qu’elle vaut.
Mais cette exigence vacille. Les pressions administratives, la rareté des ressources, l’usure des équipes, tout concourt à détourner le regard, à glisser vers la gestion du manque, vers l’acceptation tranquille de l’insuffisant. C’est là le vrai danger : non pas l’erreur, mais l’habitude. Car lorsqu’on s’habitue à l’injustice, lorsqu’on se résigne à l’imperfection du soin, ce n’est pas seulement l’éthique qui s’effondre, c’est l’essence même de la mission.

On pourrait dire que le médico-social ressemble à Koh Phi Phi : une beauté fragile, offerte aux regards, mais qui exige vigilance constante. Qu’on relâche l’attention, et l’équilibre se brise, irrémédiablement. La fragilité n’est pas un défaut : elle est la condition de la beauté. Mais elle réclame une présence éveillée, une fidélité obstinée.
Comment, alors, le directeur tient-il ? Il tient par le sens, qui demeure sa boussole. Il tient par la fidélité, qui l’empêche de céder sur l’essentiel. Il tient par l’alliance, en partageant la charge avec ceux qui l’entourent. Il tient par la lucidité, qui protège du cynisme et de la résignation. Et il tient enfin par l’espérance : la conviction intime que chaque geste juste, aussi modeste soit-il, répare un fragment du monde.
Être directeur, c’est cela : accepter d’être ce gardien éveillé, non pas au nom d’un pouvoir, mais au nom d’une promesse. Refuser le compromis quand il menace l’essentiel. Tenir, même dans l’adversité, parce que céder reviendrait à trahir ceux qui nous sont confiés.
Parce qu’ici, rien n’est détail. Et derrière chaque décision, il y a une vie, une histoire, une dignité.
*Directrice des pôles chez Entraide Union : CAMSP Janine Lévy, incluant le Pôle Évaluation "La Rose des Vents", l'unité enfants sourds et malentendants, le Pôle Prévention, et l’Hôpital de Jour Francine Klein.
Lien vers le post et le profil LinkedIn : https://www.linkedin.com/posts/corine-nicolas-4392b814b_le-devoir-du-purisme-dans-le-m%C3%A9dico-social-activity-7364357427107897344-QING?utm_source=share&utm_medium=member_desktop&rcm=ACoAAFWZsFEBWca5EJJP83i5x91s8HKSaaP7X_Q


Commentaires